Le_Loup_et_lAgneauIԷIԷBOOKMOBI hh*h:hJhZhjhzhh h h h h hhh hh*h:hA8   06MOBIp8REXTHD,8@ @DLe Loup et lAgneau

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Les FABLES

ESOPE

On connat peu de chose sur la vie et la patrie d'sope. D'aprs les hypothses les plus vraisemblables, ce fabuliste dorigine phrygienne, a t contemporain de Solon de Salamine. Esclave de Iadmon et de Xanthus qui l'affranchit. Selon Hrodote, il mourut en 650 av. J.C., prcipit du haut d'un rocher dans la mer par les habitants de Delphes, qui se croyaient offenss par lui. Jean de la Fontaine puis Jean-Pierre Claris de Florian sinspirrent de plusieurs de ses fables dont le lecteur trouvera ici une slection.

Le loup et lagneau

Un loup buvant la source d'une fontaine, aperut un agneau qui buvait au bas du ruisseau ; il l'aborda tout en colre, et lui fit des reproches de ce qu'il avait troubl son eau. L'agneau, pour s'excuser, lui reprsenta qu'il buvait au−dessous de lui, et que l'eau ne pouvait remonter vers sa source. Le loup redoublant sa rage, dit l'agneau qu'il y avait plus de six mois qu'il tenait de lui de mauvais discours. " Je n'tais pas encore n, rpliqua l'agneau. Il faut donc, repartit le loup, que ce soit ton pre ou ta mre. " Et sans apporter d'autres raisons, il se jeta sur l'agneau et le dvora, pour le punir (disait−il) de la mauvaise volont et de la haine de ses parents.

Le coq et la pierre prcieuse

Un coq en grattant un fumier, y trouva par hasard une pierre prcieuse ; il la considra pendant quelque temps, et dit avec une espce de mpris : " De quoi me peut servir une chose si belle et si brillante ? Elle serait bien mieux entre les mains d'un lapidaire qui en connatrait le prix, et l'usage qu'il en faut faire. Mais pour moi qui n'en puis retirer aucune utilit, je prfrerais un seul grain d'orge toutes les pierres prcieuses du monde."   

Le renard et le singe

Le lion ayant tabli son empire sur les animaux avait enjoint de sortir des frontires de son royaume ceux qui taient privs de l'honneur de porter une queue. pouvant, le renard se prparait partir pour l'exil. Dj il pliait bagage. Comme le singe, ne considrant que l'ordre du roi, disait que cet dit ne concernait pas le renard, qui avait de la queue, et revendre : " Tu dis vrai, dit celui-ci, et ton conseil est bon, mais comment savoir si entre les animaux dpourvus de queue le lion ne voudra pas me compter au premier rang. Celui qui doit passer sa vie sous un tyran, mme s'il est innocent, est souvent frapp comme coupable. "

Le bouvier

Un bouvier, paissant un troupeau de boeufs, perdit un veau. Il passa son temps parcourir tous les endroits dserts et faire des recherches, mais il ne dcouvrit rien. Alors il promit Jupiter, au cas o il trouverait le voleur qui avait pris son veau, de lui offrir un chevreau en sacrifice. Il arriva dans un bois de chnes et l il dcouvrit que le veau avait t dvor par un lion. perdu et terrifi, levant les mains au ciel, il s'cria : " Seigneur Jupiter, je t'avais promis de te donner un chevreau si je dcouvrais mon voleur. Maintenant je te promets un taureau si j'chappe ses coups. " Cette fable convient aux malheureux qui, en cas de perte demandent aux dieux de trouver la chose perdue et qui, l'ayant trouve, cherchent ne pas tenir leur promesse.

Le grammairien qui enseignait un ne

Un grammairien se glorifiait d'exceller dans son art au point que, moyennant un salaire convenable, il s'engageait instruire non seulement des enfants, mais mme un ne. Le prince, apprenant la folle tmrit du personnage, lui dit : " Si je te donnais 50 ducats, rpondrais-tu de pouvoir en dix ans faire l'instruction d'un ne ? " Dans son imprudence, il rpondit qu'il acceptait la mort si, dans cet espace de temps son ne n'arrivait pas lire et crire. Ses amis taient tonns de ses paroles : ils lui reprochaient de s'engager faire une chose non seulement malaise et difficile, mais mme impossible, et ils craignaient qu' l'expiration du dlai il ne fut mis mort par le prince. Il leur rpondit : " Avant le terme, ou l'ne mourra, ou le roi, ou moi. " Cette fable montre aux gens qui sont exposs un danger que le dlai souvent leur vient en aide.

Un mari et sa femme

Un homme, dont la femme tait dteste de tous les gens de la maison, voulut savoir si elle inspirait les mmes sentiments aux serviteurs de son pre. Sous un prtexte spcieux il l'envoie chez celui-ci. Peu de jours aprs, quand elle revint, il lui demanda comment elle tait avec les gens de l-bas. Elle rpondit que les bouviers et les ptres la regardaient de travers. " Eh bien, femme, si tu es dteste de ceux qui font sortir leurs troupeaux l'aurore et qui ne rentrent que le soir, quoi faudra-t-il s'attendre de la part de ceux avec qui tu passes toute la journe. " Cette fable montre que souvent on connat les grandes choses par les petites et les choses incertaines par celles qui sont manifestes.

Le vieillard qui voulait remettre sa mort plus tard

Un vieillard demandait la mort, qui tait venue pour l'arracher cette terre, de diffrer un peu jusqu' ce qu'il eut dress son testament et qu'il eut fait tous ses prparatifs pour un si long voyage. Alors la mort : " Pourquoi ne les as-tu pas faits, toi que j'ai tant de fois averti ? " Et comme le vieillard disait qu'il ne l'avait jamais vue, elle ajouta :" Quand j'emportais jour par jour non seulement tes contemporains, dont pas un presque ne survit, mais encore des hommes dans la force de l'ge, des enfants, des nourrissons, ne t'avertissais-je pas que tu tais mortel ? Quand tu sentais ta vue s'mousser, ton oue s'affaiblir, tes autres sens baisser, ton corps s'alourdir, ne te disais-je pas que j'approchais ? Et tu prtends que je ne t'ai pas averti ? Allons, il ne faut pas tarder davantage ". Cette fable apprend qu'il convient de vivre comme si nous voyions la mort devant nous.

Le lion, le loup et le renard

Un lion devenu vieux tait malade et restait couch dans son antre. Pour visiter le roi, tous les animaux taient venus, sauf le renard. Le loup, saisissant l'occasion, accusait le renard auprs du lion, disant qu'il ne faisait aucun cas de leur matre tous et ne venait mme pas le visiter. Au mme moment le renard arriva et il entendit les derniers mots du loup. Le lion rugit contre lui, mais l'autre ayant demand se justifier : " Et qui donc, dit-il, de tous ceux qui sont ici t'a t utile autant que moi ? Je suis all partout, j'ai demand un mdecin un remde pour toi et je l'ai obtenu. " Le lion aussitt lui ordonna de rvler ce remde. Alors le renard dit : " C'est d'corcher vif un loup et de revtir sa peau chaude encore. " Et le loup aussitt fut tendu mort. Alors le renard dit en riant : " Voil comme il faut exciter le matre des sentiments non de malveillance, mais de bont. " Cette fable montre que quiconque trouve contre un autre de perfides desseins prpare un pige contre lui-mme.

Lhomme qui avait cach son trsor en confidence de son compre

 Un homme fort riche avait enfoui un trsor dans une fort et personne n'tait dans la confidence, sauf son compre en qui il avait grande confiance. Mais tant venu, au bout de quelques jours, visiter son trsor, il le trouva dterr et enlev. Il souponna, ce qui tait vrai, que son compre l'avait soustrait. Il vint le trouver. " Compre, dit-il, je veux l'endroit o j'ai cach mon trsor enfouir en plus mille ducats. " Le compre, voulant gagner davantage encore, rapporta le trsor, le remit en place. Le vritable matre peu aprs arrive et le retrouve, mais il l'emporte chez lui et s'adressant son compre : " Homme sans foi, dit-il, ne prends pas une peine inutile pour aller voir le trsor, car tu ne le trouverais pas. " Cette fable montre combien il est facile de tromper un avare par l'appt de l'argent.

Lhomme reprochant son chien de navoir pas surveill les poules

Un pre de famille ayant oubli de fermer l'abri dans lequel ses poules passaient la nuit, au lever du jour trouva que le renard les avait toutes tues et emportes. Indign contre son chien comme s'il avait mal gard son bien, il l'accablait de coups. Le chien lui dit : " Si toi, qui tes poules donnaient des oeufs et des poussins, tu as t ngligent fermer ta porte, quoi d'tonnant ce que moi, qui n'en tire aucun profit, enseveli dans un profond sommeil, je n'aie pas entendu venir le renard ". Cette fable veut dire qu'il ne faut attendre des serviteurs de la maison aucune diligence, si le matre lui mme est ngligent.

Le chasseur et le loup

Un grand chasseur revenant un jour de la chasse avec un daim qu'il avait pris, aperut un sanglier qui venait droit lui. " Bon, dit le chasseur, cette bte augmentera ma provision. " Il banda son arc aussitt et dcocha sa flche si adroitement qu'il blessa le sanglier mort. Cet animal, se sentant bless, vint avec tant de furie sur le chasseur qu'il lui fendit le ventre avec ses dfenses, de manire qu'ils tombrent tous deux sur la place. Dans ce temps-l il passa par cet endroit un loup affam qui, voyant tant de viande par terre, en eut une grande joie. " Il ne faut pas, dit-il en lui-mme, prodiguer tant de biens, mais je dois, mnageant cette bonne fortune, conserver toutes ces provisions. " Nanmoins, comme il avait faim, il en voulut manger quelque chose. Il commena par la corde de l'arc, qui tait de boyau, mais il n'eut pas plus tt coup la corde que l'arc, qui tait bien band, lui donna un si grand coup contre l'estomac qu'il le jeta tout raide mort sur les autres corps. Cette fable fait voir qu'il ne faut point tre avare.

Lne et le cheval

Un homme avait un cheval et un ne, et comme ils voyageaient ensemble, l'ne, qui tait beaucoup charg, pria le cheval de le soulager, et de prendre une partie de son fardeau, s'il voulait lui sauver la vie ; mais le cheval lui refusant ce service, l'ne tomba, et mourut sous sa charge : ce que voyant le matre, il corcha l'ne, et mit sur le cheval toute sa charge avec sa peau ; alors le cheval s'cria : " que je suis malheureux ! Je n'ai pas voulu prendre une partie de sa charge, et maintenant il faut que je la porte toute entire, et mme sa peau. "

Le loup et la brebis

 Un loup que les chiens avaient longtemps poursuivi, se trouva si recru de lassitude, qu'il fut oblig de s'arrter quelque distance d'un ruisseau o une brebis se dsaltrait. Comme il mourait de soif et de faim, et que les forces lui manquaient tel point qu'il ne pouvait passer outre pour chercher ce qui lui tait ncessaire, il appela la brebis, et la pria de lui apporter boire. Son dessein tait de la croquer ds qu'il aurait bu, et par ce moyen de mettre remde tout. Mais celle-ci, qui s'en doutait, se garda bien de sortir de l'endroit o elle tait. " Ami, lui cria-t-elle, je te secourrais, tout loup que tu es, trs volontiers ; mais comme tu me parais avoir autant besoin de chair que d'eau, je pense que je ferais beaucoup mieux de m'loigner de toi que de m'en approcher. " Cela dit, elle se retira grande hte, et laissa le loup crier tout autant qu'il lui plut.

Le lion et la mouche

 Une mouche dfia un lion au combat, et le vainquit : elle le piqua l'chine, puis aux flancs, puis en cent endroits ; entra dans ses oreilles, ensuite au fond de ses naseaux ; en un mot, le harcela tant, que de rage de ne pouvoir se mettre couvert des insultes d'un insecte, il se dchira lui-mme. Voil donc la mouche qui triomphe, bourdonne, et s'lve en l'air. Mais comme elle vole de ct et d'autre pour annoncer sa victoire, l'tourdie va se jeter dans une toile d'araigne et y reste. " Hlas ! disait-elle, en voyant accourir son ennemie, faut-il que je prisse sous les pattes d'une araigne, moi qui viens de me tirer des griffes d'un lion ? "

Les chiens qui crvent de trop boire

Deux chiens passaient le long d'un fleuve ; comme ils le regardaient, ils y aperurent une pice de chair qui flottait assez loin d'eux. Alors l'un dit l'autre : " Camarade, il nous faut bien garder de manquer cette proie, et pour l'atteindre, j'imagine un expdient qui me semble sr. Toute cette eau qui coule entre ce que tu vois et la rive o nous sommes, nous pouvons la boire. Or, sitt que nous l'aurons bue, tu conois bien qu'il faut que l'endroit o ce friand morceau flotte, reste sec, et ainsi il nous sera fort ais d'arriver jusqu' lui. Compte, mon cher, qu'il ne peut nous chapper ". Et cela dit, ils en burent tous deux de telle sorte, qu' force de se gonfler d'eau, ils perdirent bientt haleine, et crevrent sur la place.

Lne portant une idole

 Un ne charg d'une idole passait au travers d'une foule d'hommes ; et ceux-ci se prosternrent grande hte devant l'effigie du dieu qu'ils adoraient. Cependant l'ne, qui s'attribuait ces honneurs, marchait en se carrant, d'un pas grave, levait la tte et dressait ses oreilles tant qu'il pouvait. Quelqu'un s'en aperut, et lui cria : " Matre baudet, qui croyez ici mriter nos hommages, attendez qu'on vous ait dcharg de l'idole que vous portez, et le bton vous fera connatre si c'est vous ou lui que nous honorons ".

La femme et livrogne

Une femme avait un ivrogne pour mari. Voulant le dlivrer de ce vice, elle imagina la ruse que voici. Quand elle le vit alourdi par l'excs de la boisson et insensible comme un mort, elle le prit sur ses paules, l'emporta et le dposa au cimetire, puis elle partit. Quand elle pensa qu'il avait repris ses sens, elle revint au cimetire et heurta la porte. L'ivrogne dit: " Qui frappe ?" La femme rpondit : " C'est moi, celui qui porte manger aux morts. " Et l'autre: " Ce n'est pas manger, l'ami, mais boire qu'il faut m'apporter. Tu me fais de la peine en me parlant de nourriture au lieu de boisson. " Et la femme se frappant la poitrine: " Hlas, malheureuse, dit-elle, ma ruse n'a servi de rien. Car toi, mon mari, non seulement tu n'en es pas amend, mais tu es devenu pire encore, puisque ta maladie est tourne en habitude ". Cette fable montre qu'il ne faut pas s'attarder aux mauvaises actions, car mme sans le vouloir, l'homme est la proie de l'habitude.

Lne charg dponges

 Un ne charg de sel se plongea dans une rivire, et si avant que tout son sel se fondit. Quelques jours aprs, comme il repassait charg d'ponges prs du mme gu, il courut s'y jeter, dans la pense que le poids de sa charge y diminuerait comme il avait diminu la premire fois ; mais le contraire arriva. L'eau emplit les ponges, et de telle sorte qu'elles s'enflrent. Alors la charge devint si pesante, que le baudet qui ne pouvait plus la soutenir, culbuta dans le fleuve, et s'y noya.

Le palefrenier et son cheval

Un seigneur eut besoin aux champs d'un cheval qu'il avait laiss la ville, et manda son palefrenier qu'il et le lui amener au lieu o il tait. Celui-ci, l'ordre reu, partit avec le cheval. Comme ils passaient tous deux au travers du pr de leur matre, l'homme s'aperut que l'autre baissait la tte et y broutait la drobe quelque peu d'herbe. " Larron, lui dit-il en le frappant rudement, ne sais-tu pas bien que cette herbe appartient notre matre, et que d'en prendre comme tu fais, c'est lui faire du tort. - Mais toi-mme, repartit le cheval, qui ne me donnes jamais que la moiti de l'avoine qu'il m'achte, ignores-tu que cette avoine lui appartient, et que d'en drober l'autre moiti, comme c'est ta coutume, pendant que je maigris vue d'oeil, faute de nourriture, c'est lui faire un tort bien plus considrable que celui que tu me reproches ? Cesse donc de me maltraiter. Si tu veux que je lui sois fidle, commence par m'en donner le premier l'exemple. "

Le fleuve et sa source

Un fleuve s'levait contre sa source. " Considre, lui disait-il, ce lit large et profond, vois de combien de ruisseaux, de combien de rivires, mes eaux sont grossies. Grce au ciel, me voil fleuve. Mais toi, chtive source, qu'es-tu ? Un maigre filet d'eau qu'un rayon de soleil tarirait, si la roche dont tu sors ne t'en mettait l'abri. - Insolent, repartit la source, il te sied bien vraiment de me mpriser, toi qui, sans moi, serais encore dans le nant. "

Le jeune homme et sa matresse

Un jeune cavalier accourut au logis d'une femme qu'il aimait perdument. Sitt qu'il y fut entr, il quitta son manteau, puis il se mit parler de son amour, et passa ainsi la journe avec sa belle. Le soir, comme il se retirait, l'autre lui fit entendre qu'elle avait besoin de quelque argent pour faire certaines emplettes : le galant lui ouvrit sa bourse et aussitt on la lui prit toute entire. Un moment aprs, la dame eut si grande envie de la bague qu'il portait au doigt, qu'elle la lui demanda et l'eut. Alors le cavalier, qui n'avait plus rien donner, remit son manteau sur ses paules, prit cong d'elle et sortit. Cependant, la belle fondait en larmes et se dsesprait. ses cris, une de ses voisines, qui avait remarqu le dpart du jeune homme, accourut, et crut la consoler, en lui disant que son amant ne tarderait gure revenir. " H, ma chre ! s'cria l'autre toute dsole, ce n'est pas la personne que je regrette, c'est ce manteau que je lui vois remporter. "

Lhomme qui se marie trop tard

 Un homme ne songea point se marier tant qu'il fut dans l'ge d'y penser. Pendant qu'il pouvait plaire, personne ne lui plut ; mais lorsque, devenu vieux, il se vit, par le nombre de ses ans, charge toutes les femmes, il voulut en prendre une. Enfin, comme il tait presque dcrpit, il fit choix d'une jeune beaut. Le barbon fit si bien valoir ses grands biens, et fit la belle des avantages si considrables, qu'il la fit consentir lui donner la main, et l'pousa, mais il ne tarda gure s'en repentir. peine eut-il prononc le oui qu'il reconnut la faute qu'il venait de faire. " Hlas, s'criait-il tout glac, devais-je m'embarrasser d'une chose qui m'est prsent si inutile, moi qui n'ai jamais voulu m'en charger dans un temps o elle me convenait ? "

Le mourant et sa femme

 Un malade tirait sa fin ; cependant sa femme s'en dsesprait. " mort ! s'criait-elle toute en larmes, viens finir ma douleur ; hte-toi, viens terminer mes jours. Trop heureuse si, contente de m'ter la vie, tu voulais pargner celle de mon poux. mort, redisait-elle, que tu tardes venir : parais, je t'attends, je te souhaite, je te veux. - Me voil, dit la mort en se montrant : que souhaites-tu de moi ? - Hlas ! rpondit la femme, tout effraye de la voir si proche d'elle, que sans prolonger les douleurs de ce malade, tu daignes au plus tt mettre fin sa langueur ".

Le riche ddaignant un trsor

Un homme fort opulent trouva dans son chemin un trsor. Comme tout lui riait alors, et qu'il ne pouvait s'imaginer qu'il dt jamais avoir besoin de ce qu'il voyait sous sa main, il ne daigna pas se baisser pour le prendre, et passa. Quelque temps aprs, un vaisseau qu'il avait charg de ses meilleurs effets, prit avec tout ce qu'il portait, tandis qu'un marchand faisait banqueroute et lui emportait une somme considrable. Ensuite le feu prit son logis, et le consuma entirement, avec tous ses meubles ; puis il perdit un procs qui acheva de le ruiner. Alors il se ressouvint de ce qu'il avait rejet, et courut l'endroit o il l'avait laiss ; mais il n'en tait plus temps. Comme il n'tait qu' vingt pas du gte, un passant moins dgot, qui avait dcouvert le trsor, l'emportait et courait de toute sa force.

Lne et le cheval

Un cheval couvert d'une riche housse, allait trouver son matre la guerre. Un ne le vit passer ; alors il ne peut s'empcher de soupirer, et d'envier le bonheur de l'autre. Suis-moi, lui dit le cheval qui s'en tait aperu, et tu partageras la gloire dont je vais me couvrir. Le baudet ne se le fit pas dire deux fois et le suivit. Il arrive au camp ; et d'abord soldats, armes, pavillons, le bruit des tambours, le font tressaillir d'aise. Mais quelques jours aprs, lorsqu'il vit le cheval oblig de porter son matre dans la mle, au risque de mille coups, il sentit diminuer sa joie, et pensa ce qu'il avait quitt. Un moment aprs il baissa les oreilles, et tourna le dos. Puis, malgr tout ce que l'autre put lui dire pour l'engager rester, il courut au grand trot reprendre le chemin du moulin.

Une vieille et sa servante

Une vieille n'avait pas plutt entendu le chant de son coq, que tous les matins, elle allait une heure avant le point du jour veiller sa servante. Alors il fallait se lever pour prendre ensuite une quenouille, qu'on ne quittait que longtemps aprs le coucher du soleil. Celle-ci, qui schait de fatigue et d'insomnie, prit un jour le coq et le tua, dans la pense qu'elle dormirait tout son aise, sitt que sa matresse aurait perdu son rveille-matin. Mais tout le contraire arriva. Le coq mort, la vieille, qui n'entendait plus ce chant qui la rglt, tait toute la nuit sur pied et courait veiller sa servante, lorsqu' peine celle-ci avait eu le temps de se coucher.

La mule

Une mule grasse et rebondie, ne faisait que parler, dans sa jeunesse, de sa Mre la jument ; mais elle changea de langage, lorsqu'elle se vit, dans sa vieillesse, rduite porter la farine au moulin. Alors, elle se ressouvint de l'ne, et confessa de bonne foi qu'il tait son pre.

Lastrologue vol

Un voleur entra dans la maison d'un astrologue. Cependant celui-ci se donnait en pleine place pour un prophte des plus clairvoyants dans l'avenir. Comme il s'y vantait d'avoir acquis, par l'inspection des astres, la connaissance de tout ce qui devait arriver dans les sicles les plus reculs, un des assistants qui avait aperu le voleur, l'interrompit. " Et le moyen, lui dit-il, de croire que tu sais l'avenir, quand je vois, n'en pas douter, que tu ne sais pas mme le prsent ? Car enfin, mon ami, si tu le savais, tu courrais au plus vite chez toi en chasser le voleur que je viens d'y voir entrer. "

Un avare

 Un avare enfouit son trsor dans un champ ; mais il ne put le faire si secrtement qu'un voisin ne s'en apert. Le premier retir, l'autre accourt, dterre l'or et l'emporte. Le lendemain l'avare revient rendre visite son trsor. Quelle fut sa douleur lorsqu'il n'en trouva que le gte ! Un dieu mme ne l'exprimerait pas. Le voil qui crie, pleure, s'arrache les cheveux, en un mot se dsespre. ses cris, un passant accourt. " Qu'avez-vous perdu, lui dit celui-ci, pour vous dsoler de la sorte ? - Ce qui m'tait mille fois plus cher que la vie, s'cria l'avare : mon trsor que j'avais enterr prs de cette pierre. - Sans vous donner la peine de le porter si loin, reprit l'autre, que ne le gardiez-vous chez vous : vous auriez pu en tirer toute heure, et plus commodment l'or dont vous auriez eu besoin. - En tirer mon or ! s'cria l'Avare : ciel ! Je n'tais pas si fou. Hlas ! Je n'y touchais jamais. - Si vous n'y touchiez point, rpliqua le passant, pourquoi vous tant affliger ? Eh, mon ami, mettez une pierre la place du trsor, elle vous y servira tout autant. "

Le dauphin portant un singe

Un dauphin ctoyait de fort prs en nageant le rivage de la mer. " Bon, dit un singe qui l'aperut, voici un moyen pour voir la pleine mer tout mon aise. Je ne l'ai jamais vue, et ainsi il faut que je me contente ". Cela dit, il s'approche du rivage, ensuite il s'lance, et retombe sur le dos du poisson. Celui-ci qui aime l'homme, crut qu'il en portait un, et mena le singe assez loin. L-dessus, ce dernier, charm de voguer sur l'ocan, jette un cri de joie. ce cri, l'autre lve la tte, envisage le singe, et le reconnat. Le dauphin fit sauter sa charge en l'air d'un coup de sa queue, et se replonge aussitt au fond de la mer.

Le vigneron et ses enfants

Un vigneron se sentit proche de sa fin. Alors il appela ses enfants : " Mes enfants, leur dit-il, je ne veux point mourir sans vous rvler un secret que je vous ai tenu cach jusqu' prsent, pour certaines raisons. Apprenez que j'ai enfoui un trsor dans ma vigne : lorsque je ne serai plus, et que vous m'aurez rendu les derniers devoirs, ne manquez pas d'y fouiller, et vous le trouverez ". Le bon homme mort, les enfants coururent la vigne, et retournrent le champ de l'un l'autre bout ; mais ils eurent beau fouiller et refouiller, ils n'y trouvrent rien de ce que le pre leur avait fait esprer. Alors ils crurent qu'il les avait tromps ; mais ils reconnurent bientt qu'il ne leur avait rien dit que de vritable. Le champ ainsi retourn devint si fcond, que la vigne leur rapporta, pendant plusieurs annes, le triple de ce qu'elle avait accoutum de produire.

Lne qui change de matre

L'ne d'un Jardinier se lassa de se lever avant le point du jour pour porter des herbes au march. Un jour il pria Jupiter de lui donner un matre chez qui il put, disait-il, au moins dormir. " Soit, dit le matre des dieux " : et cela dit, voil le baudet chez un charbonnier. Il n'y eut pas rest deux jours qu'il regretta le jardinier. " Encore, disait-il, chez lui j'attrapais de temps en temps la drobe quelques feuilles de chou ; mais ici que peut-on gagner porter du charbon ? Des coups, et rien davantage ". Il fallut donc lui chercher une autre condition. Jupiter le fit entrer chez un corroyeur, et le baudet, qui n'y pouvait souffrir la puanteur des peaux dont on le chargeait, criait plus fort que jamais, et demanda pour la troisime fois un autre matre. Alors le dieu lui dit : " Si tu avais t sage, tu serais rest chez le premier. Quand je t'en donnerais un nouveau, tu n'en serais pas plus content que des autres. Ainsi, reste o tu es, de peur que tu ne trouves encore ailleurs plus de sujet de te plaindre ".

Deux chiens

Deux chiens gardaient au logis. L'un, tout joyeux, dit l'autre : " Frre, je viens d'apprendre que notre matre se marie dans sa maison des champs. Or, tu sais qu'il n'est point de noces sans festin ; c'est pourquoi, si tu veux m'en croire, nous irons tous deux en prendre notre part, et la chre que nous y ferons, Dieu le sait ! " Cela dit, ils partent, et prennent si mal leur chemin, qu'ils s'engagent dans certains marcages, et ne s'en retirent que tout couverts de fange Dans cet tat, ils arrivent au lieu de la noce. Ils comptaient sur un grand accueil de la part des convis, mais fort mal propos, ds qu'ils parurent, chacun s'cria contre leur malpropret. peine taient-ils entrs dans la salle du festin, qu'on les en chassa, l'un coups de pied, et l'autre coups de bton. Tout se passa de sorte que nos deux chiens crotts s'en retournrent fatigus, affams et battus.

Le loup, le renard et le singe

Le loup et le renard plaidaient l'un contre l'autre par-devant le singe. Le premier accusait l'autre de lui avoir drob quelques provisions, celui-ci niait le fait. Le singe, qui connaissait de quoi l'un et l'autre taient capables, ne savait lequel croire ; ainsi il se trouvait dans un grand embarras. Voici pourtant comme il s'en tira : aprs bien des contestations de part et d'autre, il imposa silence aux parties, et pronona ainsi : " Toi, loup, je te condamne payer l'amende, parce que tu demandes au renard ce qu'il ne t'a point pris ; et toi, renard, tu paieras aussi, parce que tu refuses de rendre au loup ce que tu lui as drob. "

Le loup et le chien maigre

Un jour, un loup rencontra un Chien d'assez bonne taille, mais si maigre, qu'il n'avait que les os et la peau. Comme il allait le mettre en pices : " Eh ! Seigneur, lui dit le chien, qu'allez-vous faire ? Ne voyez-vous pas bien que je suis prsentement dans un tel tat, que je ne vaux pas un coup de dent ? Mais, croyez-moi, souffrez que je retourne au logis ; j'aurai soin, je vous jure, de m'y bien nourrir, et s'il vous prend envie d'y venir dans quelque temps, vous m'y trouverez si gras, que vous ne vous repentirez point d'avoir perdu un mchant repas pour en faire un incomparablement meilleur. " Le loup le crut et le lcha. Quelques jours aprs, il court au logis du chien, l'aperoit au travers des barreaux de la porte, et le presse de sortir pour lui tenir parole. " Vous reviendrez demain, s'il vous plat, lui dit le chien ; car pour aujourd'hui, outre que je ne crois pas avoir encore atteint le degr d'embonpoint qui vous convient, je ne me sens pas fort d'humeur vous contenter. " L'autre entendit demi-mot. Il baissa l'oreille, et rebroussant chemin, jura qu'il ne laisserait jamais chapper ce qu'il tiendrait.

Lassassin qui se noie

Le prvt poursuivait un assassin. Celui-ci fuyait, et de telle vitesse, que l'autre ne put l'atteindre, et se retira. Alors le sclrat s'imagina qu'il n'avait plus rien craindre, et crut que son crime demeurerait impuni ; mais le ciel se garda bien de le permettre. Pendant que ce malheureux croit traverser un ruisseau o il tait entr sans en connatre la profondeur, il y perd pied, et s'y noie.

Les rats tenant conseil

Les rats tenaient conseil, et ils dlibraient sur ce qu'ils avaient faire pour se garantir de la griffe du chat, qui avait dj croqu plus des deux tiers de leur peuple. Comme chacun opinait son tour, un des plus habiles se leva. Je serais d'avis, dit-il d'un ton grave, qu'on attacht quelque grelot au cou de cette mchante bte. Elle ne pourra venir nous sans que le grelot nous avertisse d'assez loin de son approche ; et comme en ce cas nous aurons tout le temps de fuir, vous concevez bien qu'il nous sera fort ais de nous mettre, par ce moyen, couvert de toute surprise de sa part. " Et toute l'assemble applaudit aussitt la bont de l'expdient. La difficult fut de trouver un rat qui voult se hasarder attacher le grelot : chacun s'en dfendit ; l'un avait la patte blesse, l'autre la vue courte. " Je ne suis pas assez fort, " disait l'un. " Je ne sais pas bien comment m'y prendre ", disait l'autre. Tous allgurent diverses excuses, et si bonnes, qu'on se spara sans rien conclure.

Les deux ennemis

Deux hommes, qui se hassaient mortellement, s'taient embarqus sur le mme vaisseau. Comme il cinglait pleines voiles, une tempte s'leva, et si grande, que le navire, battu des vents et fracass par les vagues, s'entrouvrit. Dans cette extrmit, les deux passagers que l'eau commenait gagner, se consolaient, quoiqu'ils se vissent sur le point d'tre submergs. " Si je pris, disaient-ils l'un et l'autre au fond du coeur, mon ennemi prit aussi. "

Le chat et les rats

Un chat, la terreur des rats, en avait presque dtruit l'engeance. Il eut bien voulu croquer le peu qui en restait ; mais le malheur des premiers avait rendu les derniers plus sages. Ceux-ci se tenaient si bien sur leurs gardes qu'il n'tait pas ais de les avoir. " Je les aurai pourtant, dit le chat, et bon gr mal gr qu'ils en aient. " Cela dit, il s'enfarine et se blottit au fond d'une huche. Un rat qui l'aperut le prit pour quelque pice de chair, et s'en approcha ; le chat se retourne aussitt sur ses deux pattes, et lui fait sentir sa griffe. Un second vint aprs, puis un troisime, qui fut suivi de plusieurs autres, et de ceux-ci pas un ne s'en retourna. Cependant un dernier, vieux et ratatin mit la tte hors de son trou, et d'abord regarda de tous cts ; puis de l, sans vouloir s'avancer plus loin, se mit contempler le bloc enfarin ; enfin secouant la tte, " d'autres, mon ami s'cria-t-il ; il ne te sert de rien mon gard de t'tre ainsi blanchi ; quand tu serais farine, sac, huche, ou tout ce qu'il te plaira, je n'en approcherais pas en mille ans une fois. "

Le malade et le mdecin

Un malade interrog par son mdecin sur l'tat de sa sant, et de quelle manire il avait pass la nuit, lui rpondit qu'il avait extrmement su. " C'est un bon signe, lui rpliqua le mdecin. " Il fit le lendemain les mmes questions que le jour prcdent au malade, qui lui dit que le froid l'avait tellement saisi, qu'il en avait pens mourir. " Ce pronostic est encore fort bon, lui repartit le mdecin. " Enfin le troisime jour le mdecin ayant demand au malade comment il se portait, et le malade lui ayant rpondu qu'il devenait hydropique. " Tant mieux, rpliqua ce charlatan, cette crise est une marque de sant, et vous serez bientt tir d'affaire. " Aprs que le mdecin se fut retir, l'un des amis du malade lui demanda en quel tat il se trouvait. " Hlas ! Mon ami, lui rpliqua-t-il, on dit que je me porte bien, et cependant je sens bien que je vais mourir. "

Lne couvert de la peau dun lion

Un ne ayant trouv par hasard la peau d'un lion, s'en couvrit le dos sur-le-champ, et se para de cette dpouille. Les autres btes qui le virent en cet quipage, et qui le prirent d'abord pour un vritable lion, en furent alarmes, et se mirent fuir de toute leur force. Le matre qui appartenait l'ne, le cherchait de tous cts, et fut tout tonn quand il le vit dguis de cette sorte. L'ne accourut vers son matre, et se mit braire. Sa voix et ses longues oreilles qu'il n'avait point caches, le firent connatre malgr son dguisement. Son matre le prit, et le condamna son travail ordinaire.

Lolivier et le roseau

Un olivier et un roseau disputaient ensemble sur leur force et sur leur fermet. L'olivier reprochait au roseau sa fragilit, qui l'obligeait de plier au moindre vent. Le roseau ne trouvant point de bonnes raisons pour lui rpliquer, garda le silence ; mais ayant attendu quelque temps sans rien dire, un vent violent vint souffler tout coup. Le roseau agit par le vent, plia, et n'en fut point incommod ; mais l'olivier ayant voulu rsister l'orage, fut emport et dracin par la violence du tourbillon. Alors le roseau prenant son temps pour parler, dit l'olivier qui tait par terre : " Tu vois bien qu'il est plus propos de cder un ennemi puissant, que de lui rsister avec une tmrit qui a toujours de mauvaises suites. "

Le laboureur et ses enfants

Un laboureur fch de voir la dissension parmi ses enfants, et le peu de cas qu'ils faisaient de ses remontrances, commanda qu'on lui apportt en leur prsence un faisceau de baguettes, et leur dit de rompre ce faisceau tout la fois. Ils firent l'un aprs l'autre de grands efforts pour en venir bout ; mais leur peine fut inutile. Il leur dit ensuite de dlier le faisceau, et de prendre les baguettes sparment pour les rompre ; ce qu'ils excutrent sans aucune peine. Alors il leur tint ce discours : " Vous voyez, mes enfants, que vous n'avez pu briser ces baguettes, tandis qu'elles taient lies ensemble ; ainsi vous ne pourrez tre vaincus par vos ennemis, si vous demeurez toujours unis par une bonne intelligence. Mais si les inimitis vous dsunissent, si la division se met parmi vous, il ne sera pas difficile vos ennemis de vous perdre. "

Lhomme et ses deux femmes

 Un homme nourri dans les dlices, et qui tait encore dans la force de son ge, ni trop vieux, ni trop jeune, quoique ses cheveux commenassent dj grisonner, s'avisa d'pouser deux femmes, dont l'une approchait de la vieillesse, et l'autre tait encore dans la fleur de la jeunesse. Ils demeuraient tous trois dans la mme maison. La plus ge voulant se faire aimer de son mari, par la proportion de l'ge, lui arrachait poil poil tout ce qu'il avait de cheveux noirs. La plus jeune qui voulait aussi avoir part la tendresse de son mari, lui arrachait de son ct tous les cheveux blancs. De sorte que ces deux femmes en continuant chaque jour cet exercice, le rendirent entirement chauve, et il devint la fable de tout le monde.

Le renard et le bouc

Le renard et le bouc presss de la soif, descendirent dans un puits. Aprs qu'ils se furent dsaltrs, ils cherchrent les moyens d'en sortir. Le renard ayant rv quelque temps, dit au bouc qu'il avait trouv un bon moyen pour se tirer d'embarras l'un et l'autre. " Il faut te dresser sur les pieds de derrire, et appuyer les deux cornes de devant contre le mur ; je grimperai aisment le long de ton dos ; et quand je serai hors du puits, je te donnerai du secours pour en sortir aprs moi. " Le bouc approuva la proposition du renard, et se mit en posture pour lui faciliter la sortie. Mais quand le renard se vit en assurance, il se mit sauter de tous cts, sans se soucier de l'embarras o tait le bouc, qui lui reprochait son indiffrence et sa mauvaise foi, puisqu'il n'accomplissait pas les conditions de leur trait. " Mon ami, lui dit le renard en l'insultant, si tu avais autant d'esprit et autant de bon sens que de barbe, tu ne serais pas descendu dans ce puits, sans avoir auparavant song aux moyens d'en sortir. "

Le pcheur et les poissons

Un pcheur assez peu vers dans son mtier, prit sa flte et des filets pour aller la pche. tant arriv au bord de la mer, il s'assit sur une pierre, et se mit jouer de la flte, croyant, par la douceur de son chant, charmer les poissons, et les prendre sans aucune peine : mais cette tentative ne lui russit pas. Il quitta donc la flte, prit son filet et le jeta dans la mer. Du premier coup de filet il prit une grande quantit de poissons, il les trana sur le rivage, et ils se mirent tous sauter. " En vrit, leur dit-il, vous tes de sots animaux. Tandis que j'ai jou de la flte, vous n'avez point voulu danser ; et sitt que j'ai cess d'en jouer, vous vous tes tous mis sauter. "

La fourmi et la cigale

La fourmi faisait scher son froment qui avait contract quelque humidit pendant l'hiver. La cigale mourant de faim, lui demanda quelques grains pour subvenir sa ncessit dans la disette o elle se trouvait. La fourmi lui rpondit durement qu'elle devait songer amasser pendant l't pour avoir de quoi vivre pendant l'hiver. " Je ne suis point oisive durant l't, rpliqua la cigale, je passe tout ce temps-l chanter. - Oh bien, repartit la fourmi, puisque cela est ainsi, je vous conseille de danser maintenant ; vous mritez bien de mourir de faim. "

Le renard et les raisins

 Un renard ayant aperu au haut d'un arbre quelques grappes de raisins qui commenaient mrir, eut envie d'en manger, et fit tous ses efforts pour y atteindre ; mais voyant que sa peine tait inutile, il dissimula son chagrin, et dit en se retirant qu'il ne voulait point manger de ces raisins, parce qu'ils taient encore trop verts et trop aigres.

Lne malade et les loups

 L'ne fut oblig de garder le lit pour quelque indisposition. Le bruit de sa maladie s'tant rpandu, les loups et les chiens, croyant qu'il mourrait bientt, accoururent pour le visiter. Il aperurent l'non au travers des fentes de la porte, et lui demandrent des nouvelles de la sant de son pre. " Il se porte beaucoup mieux que vous ne voudriez, leur rpondit l'non.

Le bcheron et la fort

Un bcheron entrant dans une fort, lui demanda la permission de prendre du bois pour faire un manche sa cogne. Elle y consentit ; mais peu de temps aprs, elle se repentit de sa complaisance car le bcheron se servit de sa cogne pour couper de grandes branches d'arbres, et pour dpouiller la fort de ses principaux ornements, sans qu'elle pt s'en dfendre, parce qu'elle avait fourni des armes au bcheron contre elle-mme.

La grenouille et le boeuf

La grenouille ayant un jour aperu un boeuf qui paissait dans une prairie, se flatta de pouvoir devenir aussi grosse que cet animal. Elle fit donc de grands efforts pour enfler les rides de son corps, et demanda ses compagnes si sa taille commenait approcher de celle du boeuf. Elles lui rpondirent que non. Elle fit donc de nouveaux efforts pour s'enfler toujours de plus en plus, et demanda encore une autre fois aux grenouilles si elle galait peu prs la grosseur du boeuf. Elles lui firent la mme rponse que la premire fois. La grenouille ne changea pas pour cela de dessein ; mais la violence qu'elle se fit pour s'enfler fut si grande, qu'elle en creva sur-le-champ.

Le loup et le chien

Un loup rencontra par hasard un chien dans un bois, au commencement du jour. Il se mit le caresser, et lui demander de ses nouvelles il le questionna sur son embonpoint. Le chien lui rpondit que les bonts de son matre, et les soins qu'il prenait de lui, l'avaient mis dans le bon tat o il le voyait : " Car il me nourrit, ajouta-t-il, des mets de sa table, et des viandes dont il mange lui-mme ; outre cela, je dors dans un lieu couvert, et tous ceux de la maison me font tout le bien qu'ils peuvent. " Ce discours inspira envie au loup de s'attacher au matre du chien. " Que je serais heureux, lui dit-il, de servir un matre si commode ! Si cela m'arrivait, je croirais que ma condition est prfrable celle de toutes les autres btes. " Le chien s'offrit de le conduire son matre, et de le solliciter en sa faveur, pourvu qu'il se relcht un peu de sa cruaut naturelle. Le loup y consentit. Leurs conventions ainsi faites, ils se mirent en chemin : le jour tait dj grand. Le loup voyant que le col du chien tait tout pel lui en demanda la cause. " Cela n'est rien, rpliqua le chien ; pendant la nuit j'ai la libert tout entire, et l'on me lche, pour aboyer aux voleurs ; mais pendant le jour on me tient l'attache, de peur que je ne morde ceux qui entrent dans la maison de mon matre. " Ce discours ralentit l'ardeur du loup ; il ne tmoigna plus le mme empressement pour aller trouver le matre du chien. " Adieu, lui dit-il, je ne veux pas acheter si haut prix l'amiti de ton matre ; j 'aime mieux jouir de ma libert, que de faire bonne chre dans l'esclavage. "

Le renard et la cigogne

Un renard plein de finesse pria souper une cigogne qui il servit de la bouillie sur une assiette. La cigogne ne fit pas semblant de se fcher du tour que lui jouait le renard. Peu de temps aprs, elle le pria dner ; il y vint au jour marqu, ne se souvenant plus de sa supercherie, et ne se doutant point de la vengeance que mditait la cigogne. Elle lui servit un hachis de viandes qu'elle renferma dans une bouteille. Le renard n'y pouvait atteindre, et il avait la douleur de voir la cigogne manger toute seule. Elle lui dit alors avec un rire moqueur : " Tu ne peux pas te plaindre de moi raisonnablement, puisque j'ai suivi ton exemple, et que je t'ai trait comme tu m'as traite. "

Le corbeau et le renard

Un corbeau s'tait perch sur un arbre, pour manger un fromage qu'il tenait en son bec. Un renard qui l'aperut, fut tent de lui enlever cette proie. Pour y russir et pour amuser le corbeau, il commena le louer de la beaut de son plumage. Le renard voyant que le corbeau prenait got ses louanges : " C'est grand dommage, poursuivit-il, que votre chant ne rponde pas tant de rares qualits que vous avez. " Le corbeau voulant persuader au renard que son chant n'tait pas dsagrable, se mit chanter, et laissa tomber le fromage qu'il avait au bec. C'est ce que le renard attendait. Il s'en saisit incontinent, et le mangea aux yeux du corbeau, qui demeura tout honteux de sa sottise, et de s'tre laiss sduire par les fausses louanges du renard.

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