Après son arrestation à Ybois, Marguerite est d’abord conduite au château de Saint Amand (actuellement Saint-Amand Tallende), sur les bords de la Monne, près de Clermont. Après une halte à Mirefleurs, entourée d’hommes en armes, elle franchit le pont étroit qui enjambe la rivière et les rives inondables, tout près du moulin adossé aux murailles du bourg et passe la porte méridionale. On la conduit au château de Murol qui domine les remparts. La troupe emprunte l’étroite ruelle qui court le long des fortifications. Avec le château de la Barge, situé plus haut dans le bourg, Murol (â ne pas confondre avec la forteresse médiévale du même nom édifiée plusieurs lieues plus â l’ouest à proximité du lac Chambon) est l’un des forts qui protègent la cité.
 Château dit de Murol à Saint-Amand Tallende et pont sur la Monne (département du Puy-de-Dôme)
|
Le 6 novembre 1586, elle est transférée à Saint Saturnin, tout proche. Appuyée aux remparts qui protègent une partie du bourg, la forteresse, modèle d’architecture militaire médiévale avec sa triple enceinte et ses remparts, est le fief de la famille La Tour d’Auvergne dont est issue Catherine de Médicis. La mère de la reine, Marguerite de La Tour d’Auvergne, avait épousé Laurent de Médicis en 1518. Le couple s’était ensuite installé à Florence. Marguerite reconnaît les lieux. Elle y est passée vingt ans plus tôt avec son frère Charles IX.
 Château de Saint Saturnin
|
Le jeudi 13 novembre 1586, Canillac reçoit l’ordre de transférer sa captive à Usson où elle y sera surveillée par une cinquantaine de gardes suisses. Henri III envoie son secrétaire d’état, Nicolas de Neufville seigneur de Villeroy, régler sur place les modalités concernant la captivité de Marguerite qui va durer 19 ans. La reine de Navarre quitte Saint Saturnin qui ne conserve en souvenir de son passage qu’un maître-autel en bois doré frappé de ses initiales et de celles d’Henri IV dans l’église paroissiale.
 Maître-autel de l'église de Saint Saturnin (détails)
|
La forteresse d'Usson a été édifiée par les comtes d’Auvergne. Elle appartient au domaine royal et a été donnée à Marguerite en 1572 par son frère Charles IX pour compenser sa dot de 72 000 livres qui n’avait pas été payée. Les ruines de la forteresse se dressent au sommet d’un piton volcanique qui culmine à plus de 600 mètres d’altitude au flanc des monts du Livradois, dominant la plaine de la Limagne d’Issoire.
 Vue générale du pic d'Usson
|
Renforcée par le duc de Berry deux siècles auparavant, Usson était devenue une place forte redoutable très convoitée par les Anglais durant la guerre de Cent Ans. Du Guesclin éprouva d’énormes difficultés à chasser une bande de routiers qui s’y était retranchée. Plus tard, Louis XI s’en servit de prison. L’édifice comporte à l’époque de Marguerite trois enceintes. Au centre de la première se dresse le donjon quadrangulaire. La seconde enceinte renforce la protection du château puis la troisième enferme le village dont plusieurs maisons sont elles-mêmes fortifiées.
 Maison du village d'Usson
|
Les environs sont le théâtre de combats incessants entre les différentes factions qui s’opposent. Les incendies, pillages et massacres ne se comptent plus. La ville fortifiée d’Issoire représente un enjeu stratégique majeur pour les protagonistes.
L’éviction de Canillac a vengé Marguerite d’une humiliation mais n’a pas amélioré ses conditions d’existence. Privée d’une large part de ses ressources, elle sera obligée, de 1586 à 1593, de vivre à crédit.
 Issoire. On distingue le pic d'Usson à gauche du clocher.
|
Le 25 juillet 1593, Henri IV abjure la religion calviniste et se convertit au catholicisme. Le sacre royal aura lieu en février 1594 mais dès à présent, il est devenu incontestablement roi de France et du même coup Marguerite devient, de fait, reine de France !(...)
Une nouvelle période va s’ouvrir. Henri a besoin d’amadouer son épouse qui, malgré son état d’exilée, est en position de force. La négociation s’engage. Henri consent à lui accorder des moyens financiers importants pour lui permettre de payer ses dettes et d’améliorer ses conditions d’existence.
 Henri de Navarre devient Henri IV roi de France
|
Marguerite met à profit sa « liberté surveillée » et des revenus plus substantiels pour manifester son pouvoir local (...) Parfois, au cours de ses promenades, Marguerite, enlève provisoirement un enfant à sa mère et l’emmène au château. L’enfant est certainement impressionné par cette dame en litière portée par deux mulets, coiffée d’un bonnet élégant, le visage dissimulé derrière un masque de velours, couverte de bijoux, les mains protégées par des gants frangés et parfumés agitant un éventail de plumes, les pieds chaussés de riches mules de Venise.
 Dame transportée dans une litière
|
Marguerite était la fille de Catherine de Médicis et cette filiation alimenta de la haine et accrédita beaucoup de légendes.
Pendant son séjour auvergnat, par exemple, elle ne put échapper aux rumeurs relatives à de prétendus pouvoirs occultes qu’elle détenait. Usson n’est-il pas un lieu inscrit dans une triangulation magique ?
 Catherine, morte en 1589, consultait régulièrement son astrologue et magicien le mystérieux Cosimo Ruggieri.
|
Henri IV voulait divorcer afin de pouvoir épouser sa maîtresse, Gabrielle d'Estrée. La mort opportune de la favorite royale, haïe par Marguerite, suscita également des rumeurs l’accusant tout simplement de l’avoir fait empoisonner.
 Gabrielle d'Estrée
|
Marie de Médicis épouse par procuration Henri IV à Florence le 5 octobre 1600 puis se rend en France. Elle débarque à Marseille et rejoint Henri à Lyon. La cérémonie de mariage a lieu en cette ville le 17 décembre.
 Marie de Médicis
|
Marguerite fait son entrée à Paris le 2 août 1605.
Elle s’installe peu après au château de Madrid à Boulogne. Le roi et Marie de Médicis la reçoivent au Louvre puis elle est présentée au Dauphin à Saint Germain en Laye le 6 août.
 Le château de Madrid dans le bois de Boulogne
|