La mise par écrit du Coran, la vulgate ou recension coranique s’est opérée en plusieurs étapes.
La parole divine est révélée au Prophète au sein d’une civilisation où la tradition orale l’emporte sur la culture écrite*, ce qui a probablement constitué la difficulté majeure pour la transcription écrite.
Traditionnellement tout récit était transmis oralement et, en outre, la transcription par une main humaine de la parole de Dieu apparaissait naturellement comme problématique.
Toutefois, la révélation est conservée à la fois oralement et sous forme d’écrits fragmentaires, surtout à Médine. Il s’agit, semble-t-il, d’initiatives individuelles de la part de certains compagnons de Mohammed. Parmi eux, Zayd et Obay ibn Ka’ab.
La mort de plusieurs compagnons du Prophète au cours de la Ridda a conduit Omar, entre 632 et 633, à conseiller à Abou Bakr de faire réaliser une première recension mais dont aucune trace n’a été conservée. Cette première recension n’avait pas valeur de texte de référence, c’est-à-dire de vulgate. D’autres recensions individuelles circulent à la même époque dont une attribuée à ‘Ali et une de Abd Allah ibn Mas’ud qui fera admettre sa version, plus tard, à Kufa.
C’est Othman, en 653, qui décide la réalisation d’une recension « officielle ». Il constitue une commission de douze membres chargée d’établir la vulgate. Le pays est parcouru par les membres de cette commission qui recueillent les fragments écrits ainsi que les textes récités. La compilation de ces documents place la commission devant la nécessité d’opérer un tri et un arbitrage d’autant qu’elle est confrontée à la complexité de la langue arabe qui a une graphie défective comme toutes les langues sémitiques. Elle ne comporte que des consonnes non vocalisées. A cette époque, les signes diacritiques (indiquant la vocalisation « i », « waw » et « a ») sont absents. Cette situation pose le problème de la signification des mots et des phrases d’où le risque évident d’interprétations erronées. La recension coranique entraîne donc la création de la grammaire arabe afin de définir les règles d’usage de la langue.
En outre, qui dit « choix » dit exclusion de certains documents, voire de certaines versions.
La recension retenue soulève, d’évidence, des contestations immédiates ou différées. Par exemple, dès avant la fitna de 656 les Alides reprochent à Othman et à sa commission d’avoir volontairement écarté des versets concernant ‘Ali. En outre, l’élaboration d’une vulgate remet en question le rôle des porteurs de Coran (les Hafizun) qui transmettaient oralement la parole révélée. Le débat n’épargne pas les nouveaux professionnels de la récitation coranique, les qurra, qui sont issus de différentes écoles qui ont chacune leur lecture du Coran. Finalement, c’est une des trois lectures de Kufa qui s’impose et c’est elle qui servira de base pour la première impression du Coran en 1923.
Les enjeux autour de la recension sont donc à la fois religieux et politiques dans la mesure où pouvoir et légitimité sont intimement liés au Coran.
Nonobstant le choix pour une des lectures de Kufa, un compromis intervient en 934 permettant la coexistence de sept versions de récitation (qira a). Le chiffre sept est symbolique. Selon la tradition, le Prophète aurait reçu la révélation en sept ahruf (qui peut signifier dialectes ou modalités de récits ou variantes de récitation). Il n’en demeure pas moins que ce compromis ne fait pas cesser le débat.
De quoi se compose la vulgate ?
La vulgate (mushaf) comprend 114 sourates qui regroupent les versets (dont le nom arabe : aya, veut dire « signe divin »), éléments fondateurs du texte révélé.
Dès l’origine, les musulmans ont engagé un savant processus de commentaires (Tafsir) et d’interprétation (Ta’wil) du texte révélé et notamment sur le sens de sa dénomination, son inimitabilité et sa nature. L’élaboration de la vulgate enrichit ce questionnement et des débats vont s’ouvrir autour d’autres questions fondamentales : En quelle langue précise le Coran a-t-il été révélé à Mohammed (il existait alors plusieurs dialectes dans la péninsule arabique) ? Le Coran est-il créé ou incréé ?
Des groupes de pensée et de pression vont se constituer autour de ces débats dont les conclusions auront des conséquences non négligeables sur la théologie (cf. Les dogmes, le Kalam, L'école mu'tazilite et l'Ach'arisme), l'élaboration du droit musulman (fiqh) et la légitimité califale (question du rapport entre la foi et les oeuvres).
*Ecriture arabe
Othman

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